Probas conditionnelles
Probabilité conditionnelle et arbre pondéré, indépendance de deux événements, formule des probabilités totales — puis la fiche de TD n°3 corrigée, du stock de chaussures au test de dépistage et au Jackpot.
Troisième grande partie, et la plus importante pour le DS : les probabilités conditionnelles. L'idée : quand une information tombe (« le test est positif », « c'est une figure »), l'univers rétrécit, et toutes les probabilités se recalculent dans ce nouvel univers. Cette page suit la fin de la Leçon 2 : probabilité conditionnelle, arbre pondéré, indépendance, formule des probabilités totales — puis la fiche de TD n°3 corrigée exercice par exercice.
Cours
L'idée : une information qui rétrécit l'univers
On en fait tous les jours, des probabilités conditionnelles, sans le dire. Le cours donne trois exemples :
- « la grippe va-t-elle arriver cette année ? » — la question change si on sait qu'elle est déjà là ;
- « cet étudiant va-t-il réussir son examen ? » — sachant qu'il est sérieux et travaille, la probabilité est bien plus élevée ;
- « 100 % des gagnants ont tenté leur chance » — mais sachant que je ne joue jamais au loto, ma probabilité de gagner est nulle.
Dans chaque cas, une information supplémentaire est tombée, et elle change le calcul. L'image : les probabilités se jouent sur une scène. Au départ, la scène est l'univers Ω tout entier (les 52 cartes du jeu). Quand l'information « c'est une figure » tombe, la lumière se resserre : on ne joue plus que sur les 12 figures. Tous les calculs se font désormais dans ce nouveau théâtre.
L'exemple du cours, en détail : on tire une carte au hasard dans un jeu de 52 cartes et on doit deviner son type ; vous pariez que c'est une Dame. Votre probabilité de gagner : P(D) = 4/52 = 1/13. Puis l'animateur (regarde la carte et) annonce : « c'est une figure ». Il y a maintenant 12 possibles (les figures), et parmi elles 4 dames : votre chance passe à 4/12 = 1/3. L'information a triplé vos chances — sans qu'aucune carte ne change.
La définition : P de B sachant A
La notation du cours : P_F(D) se lit « probabilité que D se réalise sachant que F s'est réalisé ». La définition générale :
P_A(B) = P(A∩B) / P(A) (avec P(A) ≠ 0)Comment la lire ? P(A∩B), c'est « A et B à la fois » — la part de l'univers où les deux se réalisent. En la divisant par P(A), on la ramène à la nouvelle unité : on re-échelonne tout ce qui vit dans A pour que A redevienne « le tout ». Dans l'exemple : P(D∩F) = 4/52, P(F) = 12/52, donc P_F(D) = (4/52)/(12/52) = 4/12 = 1/3 — le 52 se simplifie : on ne compte plus qu'en figures.
Sur un univers rétréci, tout ce qu'on savait déjà continue de marcher, en restant « sachant A » :
P_A(B̄) = 1 − P_A(B)
P_A(B∪C) = P_A(B) + P_A(C) − P_A(B∩C)Le gâteau de 100 % existe aussi dans la scène rétrécie.
L'arbre pondéré : P(A∩B) = P(A) × P_A(B)
Retourne la définition et tu obtiens LA formule la plus utilisée du semestre :
P(A∩B) = P(A) × P_A(B)Sa lecture : « la chance d'arriver à B en passant par A ». C'est le principe multiplicatif du dénombrement, version hasard : les étapes s'enchaînent, et à chaque étape on multiplie par la probabilité de l'étape vue d'où l'on est. Et c'est sous cette forme qu'on représente tout sur un arbre pondéré :
Trois réflexes avec l'arbre :
- sur un chemin (une branche puis la suivante), on multiplie ;
- les branches partant d'un même nœud se complètent : P_A(B) + P_A(B̄) = 1, et P(A) + P(Ā) = 1 ;
- si on veut B « sans savoir par où on est passé », on additionne les chemins qui mènent à B — c'est la formule des probabilités totales, plus bas.
L'indépendance : quand l'information ne sert à rien
Cas particulier fondamental : parfois, apprendre que A s'est réalisé ne change rien à la probabilité de B. Si A et B sont indépendants, alors :
A et B sont indépendants ⇔ P(A∩B) = P(A) × P(B)Autrement dit : réaliser A n'influence pas B. Et comme P_A(B) = P(A∩B)/P(A), on a l'équivalence (pour des probabilités non nulles) :
indépendants ⇔ P_A(B) = P(B) ⇔ P_B(A) = P(A)— l'information A ne bouge pas la probabilité de B, et réciproquement. Bonus du cours : si A et B sont indépendants, alors A et B̄ le sont aussi (ainsi que Ā et B, Ā et B̄) — savoir que A a eu lieu n'en dit rien sur B, ni sur « pas B ».
Les exemples du cours :
- Grand Place de Lille : 30 % des passants ont plus de 60 ans, 48 % sont des hommes, et ces deux caractères sont indépendants. Probabilité de tomber sur un homme de plus de 60 ans : P(A∩H) = 0,3 × 0,48 = 0,144.
- Le sac mixte : 17 boules (5 rouges, 12 noires) et 20 cubes (10 rouges, 10 noirs) dans un sac ; on tire un objet. C « tirer un cube », R « tirer un rouge ». P(C) = 20/37, P(R) = 15/37, donc P(C)×P(R) = 300/1369 ≈ 0,219 ; mais P(C∩R) = 10/37 ≈ 0,270. Les deux ne collent pas : les événements ne sont pas indépendants — les cubes sont rouges à moitié, les boules presque jamais, savoir « c'est un cube » change tout.
- Mes cartes préférées : dans un jeu de 32 cartes, j'ai 8 cartes préférées (2 ♡, 3 ♣, 1 ♠, 2 ♢). T « tirer un trèfle », C « tirer un carreau », P « c'est une de mes préférées ». P_P(T) = 3/8 alors que P(T) = 2/8 : la proportion de trèfles est plus grande chez mes préférées → T et P ne sont pas indépendants. Mais P_P(C) = 2/8 = P(C) : la proportion de carreaux est la même partout → C et P sont indépendants.
Indépendants ≠ disjoints — le piège du DS
Deux événements disjoints (A∩B = ∅) ne peuvent pas arriver ensemble : ils sont même tout sauf indépendants ! Si A et B sont disjoints avec P(A) et P(B) non nulles, alors P(A∩B) = 0 ≠ P(A)×P(B) : savoir que A est réalisé rend B impossible — une sacrée information. Enfin, l'indépendance est une hypothèse de l'énoncé (« on suppose que… ») ou un résultat qu'on vérifie par le calcul — jamais une intuition.
La formule des probabilités totales : additionner les chemins
Dernière pièce du puzzle. Des événements A₁, A₂, …, Aₙ forment une partition de l'univers Ω quand ils sont disjoints deux à deux et que leur union reconstitue tout Ω. L'image : on découpe la scène en tranches qui ne se chevauchent pas et qui couvrent tout — chaque résultat tombe dans une et une seule tranche. Exemples du cours : au lycée, S « être en seconde », P « en première », T « en terminale » forment une partition (personne n'est dans deux niveaux, tout le monde est dans un niveau) ; mais A « faire de l'anglais » et E « de l'espagnol » non — des élèves font les deux (A∩E ≠ ∅). Cas particulier qui sert tout le temps : A et Ā forment toujours une partition.
Pour un événement B, chaque tranche contient un morceau de B (B∩A₁, B∩A₂, …). Ces morceaux sont disjoints, donc on additionne — et dans chaque morceau, on passe par l'arbre pondéré :
P(B) = P(B∩A₁) + … + P(B∩Aₙ) = P(A₁)×P_{A₁}(B) + … + P(Aₙ)×P_{Aₙ}(B)En cas de deux événements, avec la partition {A, Ā} :
P(B) = P(A) × P_A(B) + P(Ā) × P_Ā(B)L'arbre de tout à l'heure le montre d'un coup d'œil : B est au bout de deux chemins (passant par A, passant par Ā) — la probabilité de B, c'est la somme des deux chemins, chacun pondéré par sa branche d'entrée.
L'exemple du cours : un lycée de 350 élèves — 140 en Seconde, 112 en Première, 98 en Terminale ; 30 % des Secondes sont boursiers, 25 % des Premières, 50 % des Terminales. Un élève tiré au hasard : quelle est la probabilité qu'il soit boursier ? La partition S, P, T découpe le lycée ;
P(B) = P(S)×P_S(B) + P(P)×P_P(B) + P(T)×P_T(B)
= 0,4×0,3 + 0,32×0,25 + 0,28×0,5 = 0,3434 % de chances que l'élève tiré soit boursier — une moyenne pondérée, où les poids sont les tailles des tranches.
Le duo gagnant du DS
Totales + arbre pondéré marchent toujours en binôme : l'arbre donne les probabilités des chemins (produits), la formule des totales additionne les chemins qui mènent à l'événement. Et quand on demande une probabilité « à l'envers » (sachant le résultat final, quelle branche ?), on redescend par la définition : P_B(A) = P(A∩B)/P(B) — c'est la question 4 de l'exercice 4.
Exercices
Les dix exercices de la fiche de TD n°3, énoncés en condensé. Cherchez avant d'ouvrir chaque solution — et surveille le dernier : il finit par un duel avec le Jackpot du loto.
Exercice 1 — Indépendants ou pas ?
A et B sont deux événements d'un univers tels que P(A) = 0,2, P(B) = 0,3 et P(A∪B) = 0,44. Les événements A et B sont-ils indépendants ?
On ne connaît pas P(A∩B), mais l'union nous le donne :
P(A∩B) = P(A) + P(B) − P(A∪B) = 0,2 + 0,3 − 0,44 = 0,06Et le produit des probabilités : P(A)×P(B) = 0,2 × 0,3 = 0,06.
P(A∩B) = P(A) × P(B) → A et B sont indépendantsExercice 2 — Le stock de chaussures
Un stock de paires de chaussures, rangées par pointure et couleur :
| Pointure | Noire | Marron |
|---|---|---|
| 42 | 6 | 7 |
| 43 | 3 | 3 |
| 44 | 9 | 13 |
On prend une paire au hasard. A : « la paire est noire », B : « la pointure est 44 ». 1. A et B sont-ils indépendants ? 2. Combien de paires bleues de taille 43 ajouter pour rendre A et B indépendants ? 3. À partir de la situation initiale, combien de paires noires de pointure 44 ajouter pour les rendre indépendants ?
41 paires au total, dont 18 noires (A) et 22 en pointure 44 (B), et 9 noires de 44 (A∩B) :
P(A)×P(B) = 18/41 × 22/41 = 396/1681 ≈ 0,236
P(A∩B) = 9/41 ≈ 0,220Les deux valeurs diffèrent : A et B ne sont pas indépendants.
On ajoute x paires bleues de taille 43 : le total passe à 41+x, A et B ne bougent pas (les bleues ne sont ni noires ni de pointure 44). L'équation d'indépendance :
18/(41+x) × 22/(41+x) = 9/(41+x)
18 × 22 = 9 × (41+x) → 396 = 369 + 9x → x = 3Il faut ajouter 3 paires bleues de taille 43 : elles diluent la population exactement à la bonne dose pour que « noire » et « 44 » redeviennent indépendants.
Cette fois on ajoute y paires dans l'intersection : A contient 18+y paires, B en contient 22+y, l'intersection 9+y, le total 41+y :
(18+y)(22+y) = (9+y)(41+y)
396 + 40y + y² = 369 + 50y + y² → 27 = 10y → y = 2,7y = 2,7 n'est pas un nombre entier de paires : il n'y a pas de solution. Belle leçon de méthode : l'équation d'indépendance peut n'avoir aucune solution entière — le calcul tranche, pas l'intuition.
Exercice 3 — Les deux défauts
En fabrication, 8 % des pièces ont le défaut A et 10 % le défaut B, les deux défauts survenant indépendamment. Une pièce prise au hasard : calculer la probabilité qu'elle ait les deux défauts, au moins un défaut, un seul défaut, aucun défaut.
Avec P(A) = 0,08, P(B) = 0,10 et l'indépendance :
1. les deux : P(A∩B) = 0,08 × 0,10 = 0,008 (0,8 %)
2. au moins un : P(A∪B) = 0,08 + 0,10 − 0,008 = 0,172 (17,2 %)
3. un seul : P(A∆B) = P(A∪B) − P(A∩B) = 0,164 (16,4 %)
4. aucun : 1 − P(A∪B) = 0,828 (82,8 %)La question 3, c'est la différence symétrique de la Leçon 2 (dans A ou dans B, mais pas les deux) — et le contrôle de cohérence marche : 0,008 + 0,164 + 0,828 = 1.
Exercice 4 — L'arbre des défauts
Pour prévenir deux défectuosités A et B, on teste la production : 8 % des pièces présentent le défaut A ; parmi elles, 15 % ont aussi le défaut B ; parmi celles sans A, 5 % ont le défaut B. 1. P(les deux défauts). 2. P(B seulement). 3. P(B), puis P(sans défaut). 4. Une pièce a le défaut B : quelle est la probabilité qu'elle ait aussi le défaut A ?
L'arbre pondéré : P(A) = 0,08 avec P_A(B) = 0,15 ; P(Ā) = 0,92 avec P_Ā(B) = 0,05 (donc P_Ā(B̄) = 0,95).
1. P(A∩B) = P(A) × P_A(B) = 0,08 × 0,15 = 0,012
2. P(Ā∩B) = P(Ā) × P_Ā(B) = 0,92 × 0,05 = 0,046
3. P(B) = P(A∩B) + P(Ā∩B) = 0,012 + 0,046 = 0,058
P(Ā∩B̄) = P(Ā) × P_Ā(B̄) = 0,92 × 0,95 = 0,874La question 3 est la formule des probabilités totales en acte : B s'atteint par deux chemins, on les additionne.
« Sachant qu'elle a le défaut B, quelle est la chance qu'elle ait aussi A » — on redescend par la définition de la conditionnelle :
P_B(A) = P(A∩B) / P(B) = 0,012 / 0,058 = 12/58 ≈ 0,207Environ 20,7 % — bien plus que les 8 % de départ : le défaut B rend A plus probable. A et B ne sont pas indépendants, et cette question « à l'envers » est justement ce que la Leçon 3 sait calculer.
Exercice 5 — Authentification à deux facteurs
Un système d'authentification combine mot de passe et code envoyé par SMS :
- la probabilité qu'un attaquant devine le mot de passe est de 0,001 (événement M) ;
- si le mot de passe est correct, il intercepte aussi le SMS avec une probabilité de 0,02 (événement S) ;
- si le mot de passe est incorrect, l'accès est refusé d'office ;
- indépendamment, une faille logicielle permet l'accès avec une probabilité de 0,0005 (événement F).
- Représenter la situation par un arbre de probabilités. 2. Quelle est la probabilité d'un accès par mot de passe et SMS ? 3. Sachant qu'un accès frauduleux a eu lieu, quelle est la probabilité qu'il soit passé par cette voie plutôt que par la faille ?
L'arbre : à la racine, M (0,001) ou M̄ (0,999) ; depuis M, deux branches S (0,02) et S̄ (0,98) ; depuis M̄, un seul bout : « accès refusé ». À côté, la faille F (0,0005) vit sa vie, indépendamment du mot de passe.
L'accès « mot de passe + SMS », c'est le chemin M puis S — on multiplie :
P(M∩S) = P(M) × P_M(S) = 0,001 × 0,02 = 0,00002 (0,002 %)Deux petits nombres qui se multiplient : le double facteur verrouille très fort.
Notons A « un accès frauduleux a eu lieu ». A s'atteint par deux chemins : la voie mot de passe+SMS (0,00002) ou la faille (0,0005) — probabilités totales :
P(A) = 0,00002 + 0,0005 = 0,00052
P_A(M∩S) = P(M∩S) / P(A) = 0,00002 / 0,00052 ≈ 0,0385Environ 3,85 % : si un accès frauduleux a lieu, il vient bien plus probablement de la faille logicielle (≈ 96 %) que d'un attaquant qui devine le mot de passe puis pique le SMS. Le renversement est saisissant : la voie la moins « spectaculaire » est de loin la plus fréquente — exactement la morale du dépistage (exercice 10) : un événement rare passé par un filtre imparfait, c'est d'abord l'autre branche qu'on voit.
Piège de rédaction : ne pas répondre 0,00002 — la question demande P(voie mot de passe sachant accès frauduleux) : d'abord P(A) par les totales, puis on divise.
Exercice 6 — La matrice de confusion du filtre anti-spam
Un filtre anti-spam est testé sur 1 000 mails (500 spam, 500 non-spam) :
| Prédit spam | Prédit non-spam | |
|---|---|---|
| Vrai spam | 460 | 40 |
| Vrai non-spam | 30 | 470 |
Partie A. 1. Calculer l'accuracy (taux de bonnes réponses global). 2. La precision : parmi les mails classés « spam », quelle proportion l'est vraiment ? 3. Le recall : parmi les mails réellement spam, quelle proportion a été détectée ? 4. Quel est le risque concret d'un faux positif pour l'utilisateur ?
Partie B. On tire un mail au hasard : S « le mail est réellement du spam », P « le filtre prédit spam ». 5. Exprimer recall et precision comme des probabilités conditionnelles. 6. Calculer P(S), P(P), P(S∩P), puis vérifier la cohérence avec la partie A.
Partie C. En réalité, sur 10 000 mails, seuls 500 sont du spam (5 %). Le filtre garde les mêmes performances : recall de 92 %, taux de faux positifs de 6 %. 7. Construire la nouvelle matrice. 8. Recalculer accuracy, precision, recall. 9. Comparer la precision à celle de la partie A — que conclure quand le filtre annonce « ceci est un spam » ? 10. Un filtre grand public doit-il optimiser plutôt son recall ou sa precision ?
Trois quotients, trois façons de lire le tableau — repère bien qui divise qui :
accuracy = bonnes réponses / total = (460 + 470) / 1000 = 0,93
precision = vrais spams parmi les « spam » = 460 / (460 + 30) ≈ 0,939
recall = spams détectés parmi les spams = 460 / 500 = 0,92L'astuce pour ne plus les confondre : la precision regarde la colonne « prédit spam » (le dénominateur est le total de la colonne), le recall regarde la ligne « vrai spam » (le dénominateur est le total de la ligne). 93 % de bonnes réponses globales, 93,9 % des alertes spam sont fondées, 92 % des spams sont attrapés.
Un faux positif, c'est un mail légitime bloqué (les 30) — souvent sans que l'utilisateur en soit averti. Le coût concret : la perte d'informations potentiellement critiques (convocation, facture, réponse à une candidature…). C'est ce risque qui rend la precision importante — et c'est ce qui expliquera la question 10.
Le tableau, relu avec les événements S et P, donne directement :
recall = P(P | S) = P(S∩P) / P(S) = 460/500 = 0,92
precision = P(S | P) = P(S∩P) / P(P) = 460/490 ≈ 0,939Et les probabilités marginales, en comptant lignes et colonnes du tableau :
P(S) = 500/1000 = 0,5 (un mail sur deux est du spam — ici seulement !)
P(P) = 490/1000 = 0,49
P(S∩P) = 460/1000 = 0,46Cohérence : P(P|S) = 0,46/0,5 = 0,92 ✓ et P(S|P) = 0,46/0,49 ≈ 0,939 ✓ — on retrouve exactement les métriques de la partie A. Une matrice de confusion, c'est une table d'effectifs ; divisée par le total, elle devient une table de probabilités — et les métriques sont des conditionnelles.
Même filtre, autre monde : 500 spams et 9 500 légitimes. On applique les mêmes taux aux nouvelles populations :
VP = 0,92 × 500 = 460 (spams détectés)
FN = 500 − 460 = 40
FP = 0,06 × 9 500 = 570 (légitimes classés spam — les 6 % de faux positifs)
VN = 9 500 − 570 = 8 930| Prédit spam | Prédit non-spam | |
|---|---|---|
| Vrai spam (500) | 460 | 40 |
| Vrai non-spam (9 500) | 570 | 8 930 |
Recalcul :
accuracy = (460 + 8 930) / 10 000 = 0,939
precision = 460 / (460 + 570) = 460/1 030 ≈ 0,447
recall = 460 / 500 = 0,92 (inchangé — le taux de détection n'a pas bougé)Question 9. La precision passe de 93,9 % à 44,7 % alors que le filtre garde exactement les mêmes performances techniques (recall 92 %, faux positifs 6 %). Pourquoi ? Parce que le spam est devenu rare : les 6 % de faux positifs s'appliquent maintenant à une masse énorme de mails légitimes (570 !), qui noient les 460 vrais spams détectés. Quand le filtre crie « spam », il a maintenant moins d'une chance sur deux d'avoir raison. C'est l'effet de prévalence — le même phénomène que le test de dépistage de l'exercice 10 : un événement rare + un filtre imparfait = beaucoup de fausses alertes.
Question 10. Tout dépend du coût de chaque erreur. Bloquer un mail légitime (FP) peut faire perdre une information importante ; laisser passer un spam (FN) ne coûte qu'un peu de gêne. Un filtre grand public privilégie donc la precision — quitte à laisser passer plus de spams.
Exercice 7 — Le mot « gratuit »
Un filtre anti-spam classe les emails reçus. On sait que :
- 30 % des emails reçus sont des spams (S) ;
- parmi les spams, 90 % contiennent le mot « gratuit » (G) ;
- parmi les emails légitimes, 5 % contiennent aussi ce mot.
Un email contient le mot « gratuit ». Quelle est la probabilité que ce soit un spam ?
Les données : P(S) = 0,3, P_S(G) = 0,9, P_S̄(G) = 0,05. On cherche la probabilité de S sachant G, c'est-à-dire P(S|G) — la question « à l'envers ». Comme toujours dans ce cas : d'abord la probabilité totale de G (le mot « gratuit » arrive par deux chemins), puis on divise le chemin « spam » par le total.
P(G) = P(S) × P_S(G) + P(S̄) × P_S̄(G)
= 0,3 × 0,9 + 0,7 × 0,05 = 0,27 + 0,035 = 0,305
P(S|G) = P(S∩G) / P(G) = 0,27 / 0,305 ≈ 0,885Si l'email contient « gratuit », il y a environ 88,5 % de chances que ce soit un spam. Le mot est un indice fort (il multiplie presque par 3 la probabilité de spam : de 30 % à 88,5 %) mais pas une preuve — 11,5 % des emails « gratuits » sont légitimes. Et attention au piège symétrique : la réponse n'est PAS 0,9 — 90 %, c'est la proportion de « gratuits » parmi les spams, pas la proportion de spams parmi les « gratuits ». Les deux conditionnelles ne sont pas égales, et toute cette page sert à les relier.
Exercice 8 — Le portable de Pierre
Quand on téléphone à Pierre, on a 9 chances sur 10 de tomber sur sa messagerie. Quand il a son portable sur lui, il se met en mode « ne pas déranger » 2 fois sur 3 — et alors on tombe sur sa messagerie ; sans portable, on tombe toujours sur la messagerie. P : « Pierre a son portable près de lui », M : « on tombe sur sa messagerie ». 1. Quelle est P(P) ? 2. On tombe sur sa messagerie : quelle est la probabilité qu'il ait son portable sur lui ?
Notons x = P(P) — l'inconnue de l'histoire. Par les probabilités totales, M s'atteint par deux chemins :
P(M) = P(P)×P_P(M) + P(P̄)×P_P̄(M)
9/10 = x × 2/3 + (1−x) × 1
9/10 = 1 − x/3 → x/3 = 1/10 → x = 3/10Il y a 3 chances sur 10 que Pierre ait son portable sur lui. (La messagerie est si fréquente parce qu'elle l'attend dans les deux cas : 2 fois sur 3 avec le portable, toujours sans.)
Sachant qu'on est tombé sur la messagerie, quelle est la part due au « portable sur lui » ? On redescend par la définition :
P_M(P) = P(P∩M) / P(M) = (3/10 × 2/3) / (9/10) = (1/5) × (10/9) = 2/9Environ 22 % — bien moins que les 30 % de départ : tomber sur la messagerie rend le « portable sur lui » moins probable (sans portable, c'est messagerie à coup sûr). La question « à l'envers » est exactement ce que la définition de la conditionnelle permet de calculer.
Exercice 9 — Le problème juridique
Une entreprise confie un dossier délicat à un employé (50 chances sur 100 de le résoudre) et à son expert-comptable (70 chances sur 100), indépendamment.
- Quelle est la probabilité que le problème soit résolu ? 2. En cas d'échec, un cabinet d'avocats le résout indépendamment avec une probabilité de 0,8. Quelle est alors la probabilité qu'il soit résolu ?
- « Résolu » = l'employé ou l'expert y est arrivé, indépendance confirmée par l'énoncé :
P(R) = P(E∪C) = P(E) + P(C) − P(E)×P(C) = 0,5 + 0,7 − 0,35 = 0,85- L'avocat n'entre en scène que si le premier rideau a échoué (P(R̄) = 0,15) et résout avec 0,8, indépendamment :
P = P(R) + P(R̄)×0,8 = 0,85 + 0,15×0,8 = 0,9797 % de chances que le problème finisse résolu. La structure « au moins un des deux » (indépendance → produit) puis « second rideau » (totales) est un grand classique d'examen.
Exercice 10 — Le test de dépistage (et le Jackpot)
Une maladie touche un millième de la population (P(M) = 0,001). Le test la détecte avec une fiabilité de 99 % quand elle est présente (P_M(T) = 0,99), mais donne un résultat faussement positif pour 0,2 % des personnes saines (P_M̄(T) = 0,002). 1. Le test est positif : quelle est la probabilité que la personne soit en fait saine ? 2. On refait un second test, indépendant conditionnellement à la maladie, et il est positif lui aussi : probabilité d'être saine ? 3. Généralisons à n tests positifs : Jacky les a tous. Son médecin affirme que ses chances d'être sain sont plus faibles que de gagner le Jackpot au loto (1/1 906 884). Quel était le nombre minimal n de tests ?
D'abord P(T) par les probabilités totales, puis la conditionnelle :
P(T) = P(M)×P_M(T) + P(M̄)×P_M̄(T)
= 0,001×0,99 + 0,999×0,002 = 0,00099 + 0,001998 = 0,002988
P_T(M̄) = P(M̄∩T)/P(T) = 0,002×0,999 / 0,002988 ≈ 0,669Environ 67 % des tests positifs sont des personnes saines ! Ce n'est pas le test qui est mauvais : la maladie est si rare que les 0,2 % de faux positifs sur la foule des sains (0,1998 % de la population) écrasent les vrais positifs (0,099 % de la population). L'information « test positif » multiplie quand même par ~330 la probabilité d'être malade (de 0,001 à 0,331) — mais « probablement malade », non.
Avec l'indépendance conditionnelle (les deux tests se comportent pareil sachant M ou sachant M̄), les chemins se doublent :
P(T∩S) = P_M(T)×P_M(S)×P(M) + P_M̄(T)×P_M̄(S)×P(M̄)
= 0,99²×0,001 + 0,002²×0,999 ≈ 0,000984
P_{T∩S}(M̄) = 0,002²×0,999 / 0,000984 ≈ 0,004Plus que 0,4 % de chances d'être saine après deux positifs. Chaque test positif écrase un peu plus l'hypothèse « saine » : l'information s'accumule.
Avec n tests positifs, la probabilité d'être saine vaut :
(0,002ⁿ × 0,999) / (0,99ⁿ × 0,001 + 0,002ⁿ × 0,999)Le médecin affirme qu'elle est plus faible que la probabilité de gagner au loto, 1/1 906 884 — le C(49, 5) de la première page ! On cherche le plus petit n tel que :
1 + 495ⁿ/999 > 1 906 884 → 495ⁿ > 1 906 883 × 999 = 1 904 976 117
n > ln(1 904 976 117) / ln(495) ≈ 3,4Il suffit donc de 4 tests : après quatre positifs consécutifs, la probabilité d'être sain de Jacky est devenue plus faible que de gagner le Jackpot. La preuve que l'information conditionnelle s'accumule très vite — et que la Leçon 1 et la Leçon 3 finissent par se serrer la main.
A retenir
- une information rétrécit l'univers : P_A(B) = P(A∩B)/P(A) — la part de B parmi A ;
- l'arbre pondéré : sur un chemin on multiplie (P(A∩B) = P(A) × P_A(B)), entre branches d'un même nœud on complète (P_A(B) + P_A(B̄) = 1) ;
- indépendance : P(A∩B) = P(A)×P(B), équivalent à P_A(B) = P(B) — ce n'est pas la disjonction, et ça se vérifie ou s'hypothèse, ça ne se devine pas ;
- probabilités totales : avec une partition (souvent
{A, Ā}), P(B) = P(A)×P_A(B) + P(Ā)×P_Ā(B) — la somme des chemins de l'arbre ; - le grand classique du dépistage : maladie rare + faux positifs → un test positif reste majoritairement un sain ; la conditionnelle à l'envers se calcule toujours par P_B(A) = P(A∩B)/P(B).
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