Dénombrement
Les deux principes (multiplicatif et additif), factorielles, arrangements, combinaisons, anagrammes, tirages avec ou sans remise et binôme de Newton — puis la fiche de TD n°1 entièrement corrigée.
Première grande partie de R3.08 et le socle de tout le semestre : avant de calculer une probabilité, il faut compter les cas possibles — et les compter sans en oublier ni les compter deux fois. Cette page suit la Leçon 1 : les deux principes, le modèle de l'urne et ses quatre formules, les anagrammes, le binôme de Newton — puis la fiche de TD n°1 corrigée exercice par exercice.
Cours
Le problème : compter sans compter un par un
Imagine que tu dois compter les spectateurs d'un stade. Tu peux compter les personnes une par une… 1, 2, 3, 4… et tu vas y passer l'après-midi, avec une incertitude à la fin. Ou alors tu remarques qu'il y a 40 rangées de 250 sièges : 40 × 250 = 10 000 places, calcul de trois secondes. Le dénombrement, c'est exactement ça : l'art de compter des choses sans les compter une par une, en rusant avec des multiplications et des additions.
Pourquoi c'est important ? Parce qu'à partir de la leçon suivante, on va calculer des probabilités, du genre « quelle chance d'avoir une main avec un roi quand je pioche 8 cartes ? ». Or une probabilité, c'est :
probabilité = nombre de cas qui nous arrangent / nombre total de casLe numérateur et le dénominateur sont des comptes de cas : si le comptage est faux, la probabilité est fausse. Tout le semestre repose donc sur cette leçon. Et « compter juste » veut dire : sans oublier de cas, sans compter deux fois le même. Toute la suite n'est qu'une boîte à outils pour faire exactement ça.
Les deux principes : multiplicatif et additif
Le principe multiplicatif : les étapes qui s'enchaînent
C'est le principe le plus important de la leçon. Il répond à la question : « je fais plusieurs choix l'un après l'autre — combien de combinaisons au total ? ». L'image : une pizzeria. Tu choisis une taille (2 choix : petite ou grande), puis une pâte (3 choix : fine, épaisse, fourrée), puis une boisson (2 choix : soda ou jus). Tu peux lister les menus un par un… ou remarquer que chaque taille se combine avec chaque pâte, qui se combine avec chaque boisson :
Nombre de possibilités = n₁ × n₂ × ⋯ × nₚoù p est le nombre d'étapes, n₁ le nombre de choix à la première étape, n₂ à la deuxième, etc. Ici : 2 × 3 × 2 = 12 menus. Visuellement, chaque étape « multiplie les branches » : chaque chemin déjà construit se dédouble (ou se triple) en autant de nouveaux chemins.
L'exemple du cours : une personne a deux pantalons P₁, P₂, trois chemises C₁, C₂, C₃ et deux vestes V₁, V₂. S'habiller, c'est trois étapes — pantalon, puis chemise, puis veste — soit 2 × 3 × 2 = 12 tenues. Chaque chemin de la racine à une feuille de l'arbre ci-dessous est une tenue, et un chemin complet (« P₁ puis C₁ puis V₁ ») est une et une seule tenue : c'est ça qui garantit qu'on ne compte rien deux fois.
Le réflexe à prendre
Dès qu'un énoncé dit « puis », « ensuite », « après » — des étapes qui s'enchaînent — pense au principe multiplicatif : note le nombre de choix de chaque étape et multiplie tout. Vérifie juste que les étapes sont indépendantes : le choix de l'étape 2 ne doit pas dépendre de celui de l'étape 1 (on verra plus bas quoi faire quand ça dépend).
Le principe additif : la distinction de cas
Deuxième situation : tu ne fais pas plusieurs choix à la suite, tu as plusieurs possibilités qui s'excluent. L'image : pour rentrer chez toi, tu peux prendre le train (4 horaires) ou le bus (6 horaires). Tu ne prendras jamais les deux — jamais un « chemin train » ne sera aussi un « chemin bus ». On additionne donc des monceaux de cas qui ne se recouvrent pas :
Nombre de possibilités = m₁ + m₂ + ⋯ + mᵣoù r est le nombre de cas qu'on distingue et mₖ le nombre de possibilités du cas k. Et à l'intérieur de chaque cas, on peut très bien re-multiplier : le principe multiplicatif sert souvent à compter chaque mₖ.
L'exemple du cours : on reprend pantalons, chemises et vestes, mais avec une restriction — le pantalon P₁ ne va pas du tout avec la chemise C₃. L'arbre des 12 tenues se brise : les deux branches « P₁–C₃–V₁ » et « P₁–C₃–V₂ » n'existent plus. On distingue deux cas :
- cas 1, je prends P₁ : 1 seul pantalon, mais plus que 2 chemises (C₃ interdite) et 2 vestes → 1 × 2 × 2 = 4 ;
- cas 2, je ne prends pas P₁ : 1 pantalon (P₂), 3 chemises, 2 vestes → 1 × 3 × 2 = 6.
Au total : 4 + 6 = 10 tenues — et le schéma montre bien les mêmes 10 chemins.
Le piège de l'addition
On n'additionne que des cas disjoints, c'est-à-dire qui ne peuvent pas arriver en même temps (train ou bus — jamais les deux). Si tes cas peuvent se chevaucher, tu comptes des choses deux fois. Dans les exercices, la distinction de cas se cache souvent derrière un « avec ou sans » : avec slip ou sans slip, avec pantalon ou sans pantalon — c'est exactement le mécanisme de l'exercice 2.
Factorielle et permutations
Nouvelle question : 6 amis veulent s'asseoir sur un banc de 6 places. De combien de façons ? C'est comme une photo de groupe : l'ordre compte (Alice au milieu ou au bout du banc, ce n'est pas la même photo). On compte par étapes — le principe multiplicatif encore :
- la place 1 : n'importe lequel des 6 amis peut la prendre → 6 choix ;
- la place 2 : il ne reste que 5 amis → 5 choix ;
- la place 3 : 4 choix… et ainsi de suite, jusqu'à la dernière place où il ne reste qu'une personne (1 choix).
6 × 5 × 4 × 3 × 2 × 1 = 720 façons d'asseoir les 6 amisCe produit qui « descend » de n jusqu'à 1 est si utile qu'il a un nom : la factorielle de n, écrite n! (« factorielle n ») :
n! = n × (n−1) × (n−2) × ⋯ × 3 × 2 × 1 et par convention 0! = 1Par exemple 3! = 6 et 4! = 24. La convention 0! = 1 n'est pas capricieuse : il y a exactement une façon d'asseoir zéro personne sur un banc (le banc reste vide) — la formule doit le confirmer, donc 0! vaut 1.
Un arrangement de tous les objets s'appelle une permutation : le nombre de permutations de n objets, c'est n!. Et la factorielle simplifie très bien les fractions — réflexe utile au DS : dans 9!/7!, presque tout se raccourcit,
9!/7! = (9 × 8 × 7!)/7! = 9 × 8 = 72car 9! contient 7! « en queue » : 9! = 9 × 8 × 7 × 6 × ⋯ × 1 = 9 × 8 × 7!. Ne garder que le début du produit, c'est tout le principe des arrangements qui suivent.
Le modèle de l'urne : quatre situations, quatre formules
À partir de là, tout le cours tient dans une seule image : une urne (un grand bocal) contient n boules toutes différentes (numérotées, par exemple), et on tire k boules. C'est le jeu de société de base du dénombrement, et il n'a que deux interrupteurs :
- l'ordre compte-t-il ? Tirer 12 puis 7, est-ce différent de tirer 7 puis 12 ? Pour un code de coffre-fort, oui ; pour une poignée de boules sortie d'un coup, non ;
- remet-on la boule ? Après un tirage, je reverse la boule dans le bocal (elle peut ressortir) ou elle sort du jeu ?
Deux interrupteurs à deux positions : quatre situations, quatre formules. Prenons-les une par une.
Avec ordre, sans remise : les arrangements A(n, k)
Reprends la photo de groupe, mais le banc n'a que 4 places pour 6 amis : 2 amis resteront debout. Compte par étapes, comme tout à l'heure : 6 choix pour la place 1, puis 5, puis 4, puis 3 — le produit s'arrête en route :
6 × 5 × 4 × 3 = 360 façons de placer 4 amis parmi 6« Sans remise », c'est exactement ça : chaque ami choisi quitte la file, il ne peut pas être rechoisi — à chaque étape il reste un choix de moins, d'où un produit qui descend : n, puis n−1, … jusqu'à n−k+1. Ce coefficient s'appelle le coefficient d'arrangements et se note A(n, k) :
A(n, k) = n × (n−1) × ⋯ × (n−k+1) = n! / (n−k)! (k ≤ n)La version factorielle se lit ainsi : le produit complet n!, coupé après k facteurs — on divise par la « queue » qu'on ne veut pas, (n−k)!. L'urne version : huit boules numérotées de 1 à 8, cinq tirages sans remise en notant l'ordre (« le tirage 6-2-2-5-1 » : d'abord la 6, deux fois la 2, puis la 5 et la 1) — A(8, 5) = 8 × 7 × 6 × 5 × 4 = 6720 tirages.
Avec ordre, avec remise : nᵏ
Maintenant on remet la boule après chaque tirage : à chaque étape, le bocal est complet à nouveau — n choix à chaque coup, k fois de suite. C'est le cadenas à molettes : un cadenas de k molettes, chacune gravée de n chiffres, a exactement nᵏ combinaisons, parce que tourner une molette ne gêne pas les autres — on a le droit de remettre le même chiffre partout.
Nombre de possibilités = nᵏ (k tirages, avec remise, ordre compté)Exemples du cours : les mots de 3 lettres formés avec A ou B — 2³ = 8 mots (AAA, BAA, ABA, AAB, ABB, BAB, BBA, BBB) ; et l'urne des 8 boules, 5 tirages avec remise : 8⁵ = 32 768 tirages. Compare avec les 6720 du paragraphe précédent : autoriser la remise fait exploser le compte, puisqu'on ne retire plus personne du jeu.
Sans ordre, sans remise : les combinaisons C(n, k)
Là, on quitte l'ordre une bonne fois : on tire k boules d'un coup, comme une poignée de billes — peu importe l'ordre de sortie, c'est la même poignée. Idem pour une main de poker ou un groupe de 2 délégués : ce sont les mêmes personnes, donc le même groupe, quel que soit l'ordre du vote.
Comment compter ça, nous qui savons compter « avec ordre » ? L'astuce du cours — et c'est LA démonstration à comprendre : comptons les arrangements A(n, k) de deux façons différentes.
- Directement : il y en a A(n, k), on le sait déjà.
- Autrement : d'abord je choisis le groupe de k objets — disons C(n, k) façons — puis j'arrange ces k objets dans l'ordre : k! façons. Par le principe multiplicatif : C(n, k) × k! arrangements en tout.
Les deux comptes décrivent la même chose, donc A(n, k) = C(n, k) × k!, et en retournant la formule :
C(n, k) = A(n, k) / k! = n! / (k!(n−k)!)Intuition de la division par k! : quand tu comptes les groupes avec l'ordre, chaque groupe est compté k! fois — une fois par ordre de passage de ses membres. Pour les délégués Aline et Brahim, tu as compté « Aline puis Brahim » et « Brahim puis Aline » : 2! = 2 comptes pour une seule équipe. On divise donc par k! pour corriger le sur-comptage.
Au loto : 5 boules tirées parmi 49, l'ordre ne compte pas — C(49, 5) = 1 906 884 grilles. Remarque du cours : tirer les boules une par une sans tenir compte de l'ordre revient exactement à les tirer toutes en même temps (simultanément).
Quatre coefficients à connaître par cœur — ils font gagner du temps au DS :
C(n, 0) = C(n, n) = 1 (une seule façon de ne rien choisir, ou de tout choisir)
C(n, 1) = C(n, n−1) = n (n façons d'en choisir un — ou d'en écarter un)
C(n, n−k) = C(n, k) (choisir k, c'est écarter n−k : la symétrie)Sans ordre, avec remise : C(n+k−1, k)
Le dernier cas est le plus retors, mais c'est le plus sympathique : celui des bonbons. Tu distribues k bonbons identiques à n enfants, et un enfant peut recevoir plusieurs bonbons — « avec remise », c'est ça : une personne peut ressortir plusieurs fois.
Comment compter ? Le cours propose un codage génial : mets les enfants en file, et écris ce qui se passe lettre par lettre. B pour « donner un bonbon » (à la personne devant toi), A pour « avancer à la personne suivante ». Distribuer 4 bonbons à 6 enfants, c'est écrire un mot avec 4 B et 5 A — 9 lettres au total, par exemple :
B-B-A-B-A-B-A-B-A-A → l'enfant 1 reçoit 2 bonbons, le 2e en a 1,
le 3e et le 4e aucun, le 5e un, le 6e aucunChaque répartition de bonbons correspond à exactement un mot, et chaque mot à exactement une répartition. Compter les répartitions, c'est donc compter les anagrammes d'un mot de 9 lettres avec 4 B identiques et 5 A identiques — et ça tombe sur un coefficient binomial :
Distribuer k objets identiques dans n boîtes = C(n+k−1, k)Pour 4 bonbons et 6 enfants : C(9, 4) = 126 façons. Et c'est aussi le dernier cas de l'urne : tirer k boules avec remise en ne tenant pas compte de l'ordre (le tirage 2-2-6-3, c'est le tirage 2-6-2-3), revient exactement à distribuer k « bonbons » aux n boules du jeu.
Comment choisir la bonne case ?
Devant un exercice, pose-toi les deux questions dans l'ordre : « est-ce que l'ordre compte ? » puis « est-ce que je peux retomber sur le même élément ? ». Un code → l'ordre compte. Une main, une équipe, un groupe → l'ordre ne compte pas. « On tire sans remettre » → sans remise. « Une personne peut recevoir plusieurs… », « on peut refaire le même choix » → avec remise. Les deux réponses désignent la case du schéma, donc la formule.
Notations
Le cours — comme le formulaire du DS — écrit le coefficient d'arrangements Aₙᵏ et le coefficient binomial cₙᵏ, souvent posé en colonne ( k sur n ) : c'est la notation du schéma ci-dessus et de la fiche de révision DS. Sur cette page, le texte écrit A(n, k) et C(n, k) : mêmes objets, mêmes valeurs — A(n, k) = Aₙᵏ et C(n, k) = cₙᵏ.
Anagrammes : quand les lettres sont des jumeaux
Un anagramme d'un mot, c'est un nouveau mot fabriqué en permutant ses lettres. Si toutes les lettres sont différentes, rien de nouveau : permuter 3 lettres distinctes, c'est les placer sur 3 positions — 3! = 6 anagrammes de BAC.
Les choses se corsent quand le mot contient des lettres identiques. Prends le mot ANA : il n'a que 3 anagrammes (AAN, ANA, NAA) et non 3! = 6. Pourquoi ? Parce qu'il a deux A jumeaux : échanger les deux A entre eux ne change rien du tout — comme échanger deux jumeaux habillés pareil, personne ne s'en aperçoit. Compter 3!, c'est donc compter chaque mot plusieurs fois, une fois par échange invisible des jumeaux.
Le moyen sûr : choisir les emplacements. Dans NANNA (5 lettres : 3 N et 2 A), un anagramme est entièrement déterminé par la place des 2 A — choisir 2 emplacements parmi 5, donc C(5, 2) = 10 anagrammes.
Mot à n lettres dont k lettres identiques (et n−k identiques entre elles) :
nombre d'anagrammes = C(n, k)Autre exemple du cours : MAMAMMA — 7 lettres, 4 M et 3 A — donne C(7, 4) = 35 anagrammes. Et quand il y a trois groupes de jumeaux (comme ÉTETÉE : É × 3, T × 2, E × 2), on divise 7! par chaque factorielle de groupe : 7!/(3! · 2! · 2!) = 210. C'est exactement le mécanisme de l'exercice 8 — et du codage « bonbons » juste au-dessus.
La formule du binôme de Newton
Dernière notion : développer une puissance comme (a+b)⁵ sans tout multiplier à la main. D'où sortent les coefficients du développement ? D'un comptage de chemins, encore. (a+b)⁵, c'est 5 copies du même choix : chaque facteur (a+b) est un copain qui choisit « a » ou « b » — comme 5 amis qui doivent trancher entre pizza et burger. Dérouler le produit, c'est écrire les choix des 5 copains, par exemple aaabb (les deux premiers ont pris a, les trois autres b). Quel est le coefficient devant a³b² ? Le nombre de mots de 5 lettres avec exactement 3 a et 2 b — tu reconnais une anagramme : C(5, 2) = 10.
(a+b)ⁿ = Σ (k = 0 → n) C(n, k) · aᵏ · bⁿ⁻ᵏ (binôme de Newton)Sur l'exemple complet : (a+b)⁵ = a⁵ + 5a⁴b + 10a³b² + 10a²b³ + 5ab⁴ + b⁵ — les coefficients 1, 5, 10, 10, 5, 1 sont exactement C(5, 0), C(5, 1), …, C(5, 5). Deux remarques du cours :
- les rôles de a et b sont interchangeables : C(n, k) = C(n, n−k) — le coefficient de a⁴b dans (a+b)⁵ est C(5, 4), qui vaut C(5, 1) = 5, pareil ;
- avec a = b = 1, chaque terme vaut C(n, k) et (1+1)ⁿ = 2ⁿ, donc :
C(n, 0) + C(n, 1) + ⋯ + C(n, n) = 2ⁿInterprétation : 2ⁿ, c'est le nombre de sous-ensembles d'un ensemble à n éléments — pour chaque objet, deux choix : « je le prends » ou « je le laisse » (comme faire ses valises : n objets, chacun dans la valise ou dehors, ça fait 2ⁿ valises possibles). Et additionner les C(n, k), c'est compter les sous-ensembles par taille : 1 vide, n à un élément, etc.
La table de correspondance à savoir refaire
Le résumé de la Leçon 1 : à chaque action, sa formule. C'est LA table à savoir reconstruire le jour J — les exercices ci-dessous la parcourent dans tous les sens. Pour la retrouver sans l'apprendre par cœur, redescends les deux interrupteurs : ordre ? remise ?
| Action | Nombre de possibilités |
|---|---|
| Arranger (ou permuter) n objets | n! |
| Mot de k lettres d'un alphabet de n lettres ; k tirages ordonnés avec remise | nᵏ |
| Mot de k lettres distinctes ; choisir k objets parmi n et les arranger ; k tirages ordonnés sans remise | A(n, k) |
| Choisir k objets parmi n ; k tirages non ordonnés sans remise (tirage simultané) ; anagrammes de n lettres dont k identiques ; monôme aᵏbⁿ⁻ᵏ de (a+b)ⁿ | C(n, k) |
| k tirages non ordonnés avec remise ; distribuer k objets indiscernables dans n boîtes | C(n+k−1, k) |
Exercices
Les neuf exercices de la fiche de TD n°1, énoncés en condensé. Cherchez avant d'ouvrir chaque solution — le premier est LE réflexe à entretenir pour le DS, et à la fin, la somme des résultats de l'exercice 6 doit faire tilt.
Exercice 1 — Reconnaître le bon modèle (le réflexe n°1 du DS)
Dix situations, et pour chacune les deux mêmes questions : un élément peut-il être choisi plusieurs fois (remise ?), l'ordre de choix a-t-il une influence sur le résultat (ordre ?) — puis quel modèle : nᵏ, A(n, k), C(n+k−1, k) ou C(n, k) ?
a. un mot de passe de 6 caractères parmi 26 lettres minuscules, répétitions autorisées ; b. parmi 10 nœuds disponibles, désigner lequel sera maître, lequel secours et lequel logs (trois rôles distincts, un nœud n'a qu'un rôle) ; c. sélectionner 4 bibliothèques parmi 15 compatibles pour un projet (aucune notion de rôle ni d'ordre, on veut juste savoir lesquelles) ; d. un algorithme de hachage attribue une valeur (parmi 256 possibles) à chacune des 5 clés d'une entrée, indépendamment ; e. distribuer 6 tickets de support identiques à 4 techniciens, un technicien pouvant recevoir plusieurs tickets ; f. tirer au sort l'ordre de passage de 8 équipes sur un même terrain (chaque équipe passe une seule fois) ; g. former une équipe de 3 personnes parmi 12 candidats pour un hackathon, sans distinction de rôle au sein de l'équipe ; h. générer une adresse IPv4 en tirant successivement 4 octets, chaque octet valant ce qu'il veut entre 0 et 255, indépendamment des autres ; i. répartir 5 bugs identiques entre 3 développeurs, un développeur pouvant en avoir plusieurs ou aucun ; j. choisir 2 étudiants parmi 30 pour passer au tableau, le premier interrogé en premier, le second en second (deux moments distincts, deux questions différentes).
| Situation | Remise ? | Ordre ? | Modèle |
|---|---|---|---|
| a. mot de passe 6 lettres | oui — une lettre peut se répéter | oui — sa place dans le mot | 26⁶ |
| b. les trois rôles des nœuds | non — un nœud = un seul rôle | oui — les rôles sont distincts | A(10, 3) = 720 |
| c. les 4 bibliothèques | non — une bibliothèque choisie une fois | non — juste un ensemble | C(15, 4) = 1 365 |
| d. les valeurs de hachage | oui — deux clés peuvent recevoir la même | oui — chaque clé a sa place | 256⁵ |
| e. les 6 tickets identiques | oui — un technicien peut en recevoir plusieurs | non — tickets indiscernables | C(9, 6) = 84 |
| f. l'ordre de passage des équipes | non — une équipe passe une seule fois | oui — l'ordre, c'est ce qu'on tire | 8! = 40 320 |
| g. l'équipe de hackathon | non — un candidat choisi une fois | non — pas de rôle distinctif | C(12, 3) = 220 |
| h. l'adresse IPv4 | oui — un octet peut valoir n'importe quoi | oui — la place de l'octet dans l'adresse compte | 256⁴ |
| i. les 5 bugs identiques | oui — un développeur peut en avoir plusieurs | non — bugs non distingués | C(7, 5) = 21 |
| j. les 2 étudiants au tableau | non — un étudiant n'y passe qu'une fois | oui — premier vs second | A(30, 2) = 870 |
Quelques lectures pour fixer le réflexe :
- (a), (d), (h) sont la même situation : k emplacements bien identifiés, chacun rempli librement — nᵏ. Le mot de passe, c'est le cadenas à molettes ; l'octet de l'adresse, la molette qui va de 0 à 255.
- (b), (f), (j) aussi : des objets distincts distribués sur des positions distinctes, sans retour — un arrangement A(n, k) (et quand k = n, la permutation n!). « Trois rôles à pourvoir », « un ordre de passage à tirer », « deux tours de parole à attribuer » : la place l'emporte sur la personne.
- (c), (g) : aucune position, juste un groupe — C(n, k).
- (e), (i) : les objets sont indiscernables (des tickets de support, des bugs « juste comptés ») et les destinataires peuvent en recevoir plusieurs — c'est le codage « donner / avancer » de la Leçon 1, C(n+k−1, k).
Exercice 2 — S'habiller (principes multiplicatif et additif)
On dispose de 4 slips, 3 pantalons, 2 tee-shirts et 5 paires de chaussures ; on ne porte pas plusieurs vêtements du même type, et jamais une chaussure gauche au pied droit (ni l'inverse).
- De combien de manières peut-on s'habiller ?
- On n'est pas obligé de s'habiller complètement : on peut sortir sans tee-shirt ou avec une seule chaussure — mais le pantalon est obligatoire si l'on ne porte pas de slip. Combien de manières maintenant ?
Quatre étapes indépendantes : slip (4), pantalon (3), tee-shirt (2), chaussures (5 paires). Principe multiplicatif :
4 × 3 × 2 × 5 = 120 manièresDistinction de cas sur le slip, et pour chaque pied : 5 chaussures ou pied nu, soit 6 × 6 = 36 possibilités.
- Avec un slip : 4 slips, puis pantalon « 3 ou aucun » (4 choix), tee-shirt « 2 ou aucun » (3 choix), pieds 6 × 6 : 4 × 4 × 3 × 36 = 1 728.
- Sans slip : le pantalon devient obligatoire — 3 choix — puis tee-shirt (3) et pieds 36 : 1 × 3 × 3 × 36 = 324.
1728 + 324 = 2052 tenuesRemarque du corrigé : on trouve le même total en distinguant selon le port du pantalon — la distinction de cas n'est pas unique, seul le total compte.
Exercice 3 — Le menu étudiant (le prix de l'affiche)
Une affiche de fast-food annonce le menu étudiant au prix :
A = − Σ (i = 1 → 461) (−1)ⁱ · [ (5! × 5) / 4! ]^(1/2) + 0,95 €Quel est ce prix ?
Deux simplifications, aucune calculatrice :
5! × 5 / 4! = 5 × 5 = 25(car 5! = 5 × 4!), donc la racine vaut25^(1/2) = 5.- La somme alternée
Σ (−1)ⁱpour i de 1 à 461 : les 460 premiers termes s'annulent deux à deux (−1 + 1 − 1 + 1 ⋯), il reste le dernier : −1.
A = −5 × (−1) + 0,95 = 5,95 €Le réflexe : ne jamais évaluer brutalement une expression pareille — on simplifie la factorielle, puis on regarde la parité du nombre de termes.
Exercice 4 — Le digicode
Un digicode est composé d'une lettre A ou B suivie de trois chiffres (exemples : A334, B210).
- Combien existe-t-il de digicodes ?
- Combien si tous les caractères sont distincts ?
- Combien n'ayant pas deux caractères consécutifs identiques ?
2 choix pour la lettre, puis 10 chiffres pour chacun des 3 caractères suivants (tirages avec remise) :
2 × 10³ = 2000 digicodes2 choix pour la lettre, 10 pour le premier chiffre, puis 9, puis 8 — c'est un arrangement sans remise des chiffres :
2 × 10 × 9 × 8 = 1440 = 2 × A(10, 3) digicodesOn tire avec remise, mais chaque chiffre doit différer de son voisin de gauche : 2 choix pour la lettre, 10 pour le 1er chiffre, puis 9 pour le 2e (≠ 1er), 9 pour le 3e (≠ 2e). Le 3e peut retomber sur le 1er : seuls les consécutifs sont interdits.
2 × 10 × 9 × 9 = 1620 digicodesExercice 5 — Poker : les mains de 8 cartes sur 32
On pioche 8 cartes (une « main ») dans un jeu de 32 cartes — 4 rois, 8 cœurs, l'ordre de tirage ne compte pas.
- Combien peut-on former de mains ?
- Combien de mains contenant exactement un roi ?
- Combien de mains contenant exactement trois cœurs ?
- Combien de mains contenant au moins trois cœurs ?
Choisir 8 cartes parmi 32, l'ordre ne compte pas — une combinaison :
C(32, 8) = 10 518 300 mainsPrincipe multiplicatif sur deux choix indépendants : 1 roi parmi 4, puis 7 cartes parmi les 28 qui ne sont pas des rois.
C(4, 1) × C(28, 7) = 4 × 1 184 040 = 4 736 160 mainsMême principe : 3 cœurs parmi les 8 cœurs du jeu, puis 5 cartes parmi les 24 non-cœurs.
C(8, 3) × C(24, 5) = 56 × 42 504 = 2 380 224 mainsPiège classique : il y a 8 cœurs dans un jeu de 32 (et non 4 — ne pas confondre avec les rois).
« Au moins » : on passe par l'événement contraire (0, 1 ou 2 cœurs), puis on soustrait du total :
|cœurs ≥ 3| = C(32,8) − C(24,8) − C(8,1)·C(24,7) − C(8,2)·C(24,6)
= 10 518 300 − 735 471 − 2 768 832 − 3 768 688
= 3 245 309 mainsExercice 6 — Les codes PIN à quatre chiffres
Combien de codes PIN à 4 chiffres ont :
- tous leurs chiffres identiques ?
- tous leurs chiffres distincts ?
- deux doublons (comme 1331 ou 2020) ?
- exactement un doublon (comme 2625) ?
- exactement trois fois un même chiffre ?
- Et que vaut la somme de tous ces résultats ?
- Un seul motif aaaa : 10 choix pour le chiffre répété.
- Quatre chiffres tous distincts, l'ordre compte — un arrangement :
A(10, 4) = 10 × 9 × 8 × 7 = 5040 codesOn choisit les deux chiffres qui interviennent, puis on arrange le mot à 4 lettres avec 2 et 2 identiques (une anagramme de aabb) :
C(10, 2) × 4!/(2!·2!) = 45 × 6 = 270 codesOn choisit les trois chiffres distincts, celui des trois qu'on double, puis on arrange le mot aabc :
C(10, 3) × 3 × 4!/2! = 120 × 3 × 12 = 4320 codesLe triplé (10 choix), l'autre chiffre (9 choix), la place du chiffre seul parmi 4 positions :
10 × 9 × 4 = 360 codes10 + 5040 + 270 + 4320 + 360 = 10 000 = 10⁴Les cinq cas forment une partition de tous les PIN à 4 chiffres : on retrouve le total nᵏ avec n = 10, k = 4. C'est le contrôle de cohérence à faire dès qu'une question découpe un ensemble en cas — si la somme ne retombe pas sur le total, un cas est mal compté.
Exercice 7 — Distribuer des billets
On distribue 10 billets de 100 € (indiscernables) à 6 personnes différentes.
- De combien de manières, si une personne peut recevoir plusieurs billets ?
- Combien si l'on veut donner au moins 100 € à chaque personne ?
Billets identiques, personnes distinctes, quantités libres — c'est la quatrième case de la grille : C(n+k−1, k). Le codage du cours : 10 actions « donner un billet » (B) et 5 actions « avancer à la personne suivante » (A), soit un mot de 15 lettres dont 10 B — on choisit leurs positions :
C(15, 5) = 3003 manièresOn donne d'abord un billet à chaque personne (une seule façon), il reste 4 billets à distribuer librement — 9 actions au total (4 B, 5 A) :
C(9, 4) = 126 manièresC'est le réflexe « au moins un » du dénombrement : on solder les minimums, puis on compte librement ce qui reste.
Exercice 8 — Anagrammes
Combien d'anagrammes peut-on former avec les lettres de : BUTINFO, ÉTETÉE, PROBABILITÉS, PAPAPÉETE ?
Une permutation des 7 lettres :
7! = 5040 anagrammesEffectifs : É × 3, T × 2, E × 2. On choisit les emplacements de chaque groupe (ou l'on divise 7! par chaque factorielle — même chose) :
7! / (3! · 2! · 2!) = 5040 / 24 = 210 anagrammesIci É et E sont deux lettres distinctes (le mot est écrit avec ses accents).
Effectifs : 12 lettres avec B × 2 et I × 2, toutes les autres uniques :
12! / (2! · 2!) = 479 001 600 / 4 = 119 750 400 anagrammesEffectifs : P × 3, A × 2, E × 2 et deux lettres seules (É, T) :
9! / (3! · 2! · 2!) = 362 880 / 24 = 15 120 anagrammesCoquille dans le corrigé manuscrit
Pour ces deux derniers mots, le corrigé papier indique C(6, 2) = 15 et 11!/(1!3!3!) = 46 200 — des valeurs qui ne correspondent pas aux mots de la fiche (7 et 9 lettres). La méthode ci-dessus est celle de la Leçon 1 : on dénombre les groupes de lettres identiques, puis on divise 7! ou 9! par leurs factorielles. Si l'on assimilait É et E, on trouverait 21 et 5040 — mais la lecture naturelle distingue les lettres accentuées.
Exercice 9 — Binôme de Newton
Quel est le coefficient de x⁴y⁵ dans le développement de (x + y)⁹ ?
Dans le binôme de Newton, le monôme xᵏyⁿ⁻ᵏ porte le coefficient C(n, k). Pour x⁴y⁵ dans (x+y)⁹ : k = 4, n = 9.
C(9, 4) = 126Et comme les rôles de a et b sont interchangeables, C(9, 5) donne la même valeur : deux chemins, un seul résultat.
A retenir
- deux principes : multiplicatif pour les étapes qui s'enchaînent (n₁ × n₂ × ⋯ × nₚ), additif pour des cas disjoints (m₁ + ⋯ + mᵣ) — l'arbre de choix les visualise tous les deux ;
- factorielle : n! = n × (n−1) × ⋯ × 1, 0! = 1 ; permuter n objets : n! ;
- le modèle de l'urne, quatre formules : ordre + sans remise → A(n, k) ; ordre + remise → nᵏ ; sans ordre + sans remise → C(n, k) ; sans ordre + remise → C(n+k−1, k) ;
- anagrammes d'un mot à n lettres dont k identiques : C(n, k) — et plus généralement on divise par la factorielle de chaque groupe de doublons ;
- binôme de Newton : le coefficient de aᵏbⁿ⁻ᵏ dans (a+b)ⁿ vaut C(n, k), et Σ C(n, k) = 2ⁿ ;
- réflexes d'examen : « au moins » → événement contraire ; découpage en cas → vérifier que la somme des cas redonne le total.
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R3.08 · Leçon 1 — Dénombrements (cours complété)
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R3.08 · Fascicule de TD — énoncés des fiches
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R3.08 · Fiche de TD n°1 — corrigé manuscrit
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